«La Géorgie fait partie de l’Europe»- Le Temps

Le ministre géorgien des affaires étrangères, Mikheil Janelidze, explique que son pays veut adhérer à l’UE et à l’Otan

Face à une Russie perçue comme menaçante, la Géorgie est plus que jamais candidate à une adhésion à l’Union européenne (UE) et à l’Organisation du Traité de l’Atlantique nord (Otan). «Nous voulons être membre de l’Otan, explique Mikheil Janelidze, le ministre géorgien des Affaires étrangères de passage à Genève pour participer au Conseil des droits de l’homme. Ce n’est pas dirigé contre qui que ce soit, mais nous pensons que l’Otan permet d’unifier les Etats démocratiques qui aspirent à un monde libre partageant des valeurs communes.»
Le ministre de 34 ans, qui a été nommé à son poste lors d’un remaniement du gouvernement en décembre dernier, précise toutefois que cela prendra encore du temps, notamment en ce qui concerne une adhésion à l’UE à laquelle la Géorgie est liée par un accord d’association depuis 2014. «Aujourd’hui, nous nous concentrons sur la réalisation des objectifs de cet accord. Nous sommes confiants dans le fait que la population géorgienne croit aux bienfaits d’une transformation européenne permettant de créer les fondations solides d’un Etat développé. La Géorgie est européenne.»
 

«Conflit gelé avec Moscou»

En conflit avec Moscou depuis l’intervention de Tbilissi en 2008 en Ossétie du Sud – un territoire séparatiste – qui avait provoqué une riposte militaire russe, la Géorgie dénonce l’occupation de ce territoire ainsi que de l’Abkhazie par la Russie. Les deux pays ont rompu leurs relations diplomatiques. Mikheil Janelidze a rencontré lundi son homologue Didier Burkhalter, la Suisse représentant les intérêts de la Géorgie en Russie et vice-versa.
Les discussions de Genève en vue d’un règlement du conflit, lancées en 2009 – plus d’une trentaine de réunions à ce jour – sont au point mort. «Il n’y a aucun progrès sur cette question», note le ministre géorgien qui évoque une «dégradation continue de la situation des territoires occupés». Tbilissi et Moscou sont toutefois engagés dans un autre dialogue, informel celui-là, qui a permis d’améliorer la coopération économique.
 

Route de la Soie

Les difficultés économiques russes ont eu un impact sur la croissance Géorgienne qui a nettement ralenti l’an dernier. Mais son commerce se diversifie, la part du marché européen ayant bondi en deux ans de 20% à 32% alors que celle des anciens pays de l’URSS a fléchi de 50% à 28%. La Géorgie est par ailleurs sur le point de signer un accord de libre-échange avec l’Association européenne de libre-échange (AELE, Norvège, Suisse, Islande et Liechtenstein).
Si les autorités géorgiennes affirment leur identité européenne, elles présentent également leur pays comme un pont entre l’Europe et l’Asie sur l’antique Route de la Soie remise au goût du jour par la Chine. Un port en eau profonde est en chantier pour accueillir les gros tankers chinois naviguant sur la Mer noir. Tbilissi compte également sur l’essor du tourisme pour relancer sa croissance.

Le partenaire américain

En pleine crise, l’Europe pourrait être moins empressée d’envisager une adhésion de la Géorgie à son espace commun. «Nous avons l’appui de tous nos partenaires, rétorque Mikheil Janelidze qui était la semaine dernière en Allemagne. Mes interlocuteurs m’ont assuré de leur entier soutien dans les aspirations européennes de mon pays.» Washington, le «partenaire stratégique» de Tbilissi, se fait l’avocat d’une telle approche.
Quant aux réticences russes, Moscou dénonçant une politique d’encerclement des Occidentaux, notamment à travers l’Otan, elles sont balayées. «Pour l’Otan les choses sont claires: aucun Etat tiers ne peut bloquer une candidature», poursuit le ministre géorgien qui rappelle que les troupes de son pays sont engagées dans des opérations de maintien de la paix en Afghanistan, au Mali et en Centrafrique aux côtés de l’Otan ou de l’UE.